Claude Bernardin, figure emblématique du parti socialiste du Rhône, avocat et leader des socialistes lyonnais jusqu’en 1983, est décédé ce dimanche 11 juillet 2010.
“Le nom de Claude Bernardin est lié pour les socialistes à celui du cercle Tocqueville : un espace de débats et de propositions conjugant approche territoriale et reflexion générale. Personne n’a su occuper une telle place. Avant tout autre, Claude Bernardin avait compris que les partis politiques ou les institutions n’ont pas le monopole des propositions. Nous rendons hommage à celui qui par son engagement a su faire vivre la démocratie.” Jacky Darne, Premier fédéral du parti socialiste du Rhône.
Claude Bernardin (1920-2010)
Avec la disparition de Claude Bernardin, à l’âge de 90 ans, la gauche lyonnaise perd un de ses plus dignes représentants. Fils d’un employé soyeux, il était totalement lié à la ville de Lyon. Son premier engagement remonte à la guerre d’Algérie. D’abord contre la torture, dans un Comité pour le respect des droits de la personne. Puis, le 15 mai 1958, dans la création du cercle Tocqueville.
Deux heures auparavant le général De Gaulle s’était déclaré « prêt à assumer les pouvoirs de la République ». Les Lyonnais qui se réunissent ce soir-là autour de Claude Bernardin estiment que la SFIO, en tout cas dans le Rhône, n’est plus en mesure d’exprimer une opposition claire et résolue à ce qu’ils qualifient de « coup d’Etat ». Le cercle Tocqueville n’a pas non plus la prétention de créer un parti – comme le PSA ou le PSU -, mais le souci « d’informer, renseigner, enseigner, former, éduquer la conscience politique, habituer à juger, amener à agir. Mais l’intervention directe dans les affaires politiques n’est pas de son ressort et il n’entend pas se substituer aux mouvements proprement politiques. »
Ainsi voyait le jour à Lyon un des premiers clubs qui allaient, comme « Jean Moulin » à Paris, contribuer à la rénovation et à la reconstruction de la gauche, à partir ici d’éléments mendesistes et catholiques sociaux – une tradition lyonnaise. Pendant une quinzaine d’années, Tocqueville organisera des réunions publiques mensuelles, une université populaire, et publiera un mensuel régulier pour un millier d’abonnés.
Puis, petit à petit, à Lyon, Claude Bernardin devint l’un des responsables des actions contre la poursuite de la guerre d’Algérie et l’interlocuteur privilégié du parti communiste et des pouvoirs publics, en lieu et place de la SFIO. Pour le journaliste lyonnais Bernard Fromentin, « quand on apercevait, en tête de manifestation la silhouette grande, élégante de Claude Bernardin, avec son long pardessus et son écharpe bordeaux, on voyait marcher la gauche responsable. »
A tel point qu’il fut ensuite à l’initiative, avec Robert Butheau, rédacteur-en-chef du Progrès, des Assises de Vichy qui réunirent trente-quatre clubs en avril 1964. Plusieurs d’entre eux, dont Tocquevile, formèrent alors l’UCRG (Union des clubs pour le renouveau de la gauche, autour d’Alain Savary), qui fut partie prenante de la FGDS (Fédération de la gauche démocrate et socialiste) puis du nouveau Parti socialiste, dont il est resté adhérent jusqu’à la fin ses jours.
Avocat de profession, Claude Bernardin n’hésita jamais à mettre en jeu sa situation professionnelle sur la place lyonnaise, aussi bien lorsqu’il défendit successivement des républicains espagnols et des militants FLN ou lorsqu’il fut à la pointe du combat en 1968.
D’une grande culture classique, d’une discrétion toute lyonnaise et d’une gentillesse toujours souriante, Claude Bernardin avait été conseiller municipal de Lyon de 1977 à 1983 et le leader de la gauche lyonnaise à cette période: pour des raisons de santé, il dût renoncer à la vie politique active et, parmi les divers candidats à sa succession, il prit position pour Gérard Collomb. Celui-ci lui a remis la médaille d’honneur de la ville l’hiver dernier.
Article réalisé par Alain Eck - journaliste écrivain - auteur de l’ouvrage “La Rose et le goupillon”
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