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Laurence Rossignol, Secrétaire nationale à l’écologie et au développement durable, participait le 22 juin dernier aux Assises Régionales de la Transition Énergétique organisées par la commission Développement Durable de la Fédération. A cette occasion, Catherine Clancy, co-animatrice de la Commission Développement Durable lui a posé quelques questions pour le Socialiste.Rhône.

Les mots écologie et socialisme semblent faire meilleur ménage maintenant ?

La crise écologique n’est pas un problème satellite mais elle s’inscrit dans une crise globale : c’est la conséquence d’un modèle de développement à bout de souffle. Avec ce diagnostic, la social-écologie prend toute sa dimension, c’est le fondement d’un nouveau projet politique pour la gauche. La prise de conscience s’accélère. Ainsi Stéphane Le Foll récemment évoquait le besoin d’intégrer les conséquences des effets du dérèglement climatiques sur l’agriculture par exemple… Nous avons à convertir un parti historiquement productiviste, ce qui n’est pas honteux, mais qui ne peut continuer à l’être aujourd’hui. En période lourde de destruction d’emplois et de secteurs industriels, on oppose facilement les contraintes écologiques à la croissance. Pourtant il n’y a pas de contradiction avec le progrès et c’est aujourd’hui la vraie modernité socialiste.

Lors de la table ronde des Assises Rhône-Alpes de la transition énergétique à Villeurbanne, on a perçu que des convergences étaient fortes entre les partis de gauche sur ce sujet…

Des évolutions se font dans tous les partis de gauche : E-E Les Verts deviennent de plus en plus réformistes, le PC et le Front de Gauche ont une vraie mutation sur ces questions alors qu’ils viennent d’un moule encore plus productiviste que nous. Ce qui est aussi clair, c’est que ce ne peut être un objectif consensuel entre la droite et la gauche, cela ne transcende pas les clivages économiques.

On est au pouvoir, on est en gros d’accord à gauche, alors pourquoi est ce que cela bloque ?

Parce que nous avons une première approche de l’énergie comme celle d’un « bien commun » comme l’eau, l’air…or, c’est un « bien marchand » ! Et les entreprises énergéticiennes sont soumises aux lois de la rentabilité économique ; si je demande à Proglio (*) pourquoi il ne permet pas à ERDF d’investir une part de ses bénéfices dans le renouvellement de ses réseaux par exemple, il me répond : mais c’est parce que c’est une filiale ! Et qu’on attend d’une filiale qu’elle fasse remonter ses bénéfices à la maison mère.

C’est un bien marchand et c’est un bien indispensable à la compétitivité économique. C’est une question centrale sur la baisse des coûts de production. Le lobby sur les gaz de schiste illustre bien cet enjeu, il est fasciné par le mirage de la croissance américaine en oubliant, que l’exploitation polluante d’une nouvelle ressource naturelle ne fait que retarder le nécessaire changement de trajectoire énergétique, ralentir l’essor des filières d’avenir et accélérer les effets irréversibles du changement climatique. Se pose alors une question centrale : comment prendre la main sur le marché?

Le marché a ses lois, la planète en a d’autres…

Oui, prendre la main sur le marche demande de maîtriser aussi la demande ; il ne suffit pas de demander des tarifs sociaux à EDF pour régler le problème des «  passoires énergétiques » que sont certains logements. In fine, les énergéticiens vendent toujours autant d’énergie puisqu’on en consomme toujours autant ! La social-écologie, c’est passer d’un modèle où la sobriété est vécue comme une frustration, une pénurie, voire une punition, à une sobriété choisie et organisée, pour le bien de tous. La rupture avec le productivisme va de pair avec une rupture avec le consumérisme. Il ne s’agit pas seulement de se demander « que produire pour créer de l’emploi ? » mais « comment produire et pourquoi produire ? »

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