Olivier Brachet est à la tête de Forum Réfugiés. Situé dans l’agglomération lyonnaise mais avec une activité à l’échelon national et international, dotée d’une centaine de permanents, cette association gère l’accueil, la domiciliation, l’hébergement et toutes sortes de services pour les réfugiés politiques. Lors des municipales, Olivier Brachet a été sollicité par Gérard Collomb au titre de la « société civile ». Il siège désormais comme conseiller d’arrondissement du 8ème et est appelé à avoir des responsabilités au Grand Lyon.
On vous connaît pour votre action à la tête de Forum Réfugiés, que pouvez-vous nous dire sur vos origines et votre parcours auparavant ?
Je suis d’une famille lyonnaise, depuis plusieurs générations, avec une adolescence entre la place Bellecour, Caluire et les Jésuites, dans un milieu bien ciblé.
Qu’est-ce qui vous prédestine à la direction de Forum Réfugiés ?
Ce qui a beaucoup joué, c’est que dans ce type de famille, il y a toujours une part pour l’action sociale. Chez les jésuites, on nous envoyait faire des cours d’alphabétisation à la Guillotière pour rencontrer l’ouvrier algérien et lui apprendre le français.
Ce qui a sans doute été le plus déterminant pour moi, c’est que je suis entré à la fac en septembre 67. J’ai fait mes armes politiques lors des événements pendant ma première année de fac.
Quel forme prend alors votre engagement ?
Jamais celle d’un parti. Je me suis toujours engagé dans des combats dont les fondements étaient associatifs. Par exemple, le GARM (Groupe d’Action et de Résistance à la Militarisation) était une espèce de groupe hétéroclite qui a mené des actions assez originales à Lyon, dont l’occupation du PC atomique du Mont Verdun. C’était très lyonnais mais avec une réputation qui s’étendait sur toute la France.
Ces réseaux antimilitaristes ont essayé de perdurer dans les années 80. Moi, il fallait que je trouve une filière professionnelle. J’ai travaillé à Économie et humanisme jusqu’en 1985, j’ai dirigé la revue, fait de l’économie urbaine. Je suis aussi rentré à la Faculté comme maître de conférence associé. Dans les années 90 je m’investis complètement dans Forum Réfugiés et dans les questions d’asiles, de réfugiés et d’immigration.
Comment comprendre la naissance et le rôle de Forum Réfugiés ?
Le premier centre d’accueil de réfugiés qui se crée en France, c’est à Lyon. C’est de la réunion des catholiques (secours catholique, dominicains d’Eveux) et des protestants (centre Pierre Valdo) et de quelques autres qu’est né Forum Réfugiés. Il faut voir ça comme une lyonnaiserie, un cocktail local de milieux lyonnais de diverses appartenances. Dans les années 70, il s’agissait d’accueillir des réfugiés des dictatures brunes – chiliens et argentins – ou des dictatures rouges – vietnamiens et cambodgiens. Un changement s’opère dans les années 80, avec un nouveau type de réfugiés.
Les pouvoirs publics ont réagi très tardivement au fait que, l’immigration de travail étant suspendue, arrivaient des Africains issus de pays dans un état pitoyable où il y avait à la fois des dictatures, des économies défaites et des zones de violences généralisées. On s’est retrouvé avec un flux d’asile qui s’était quasiment substitué au flux migratoire des années 70.
Peut-on dire que la question des réfugiés politique se mélange avec celle de l’immigration ?
Oui. A la fin des années 90 on a, comme ça, fabriqué 300 000 déboutés de l’asile sans s’en apercevoir et c’est ce qui a nourri tout le débat sur les sans-papiers.
Il y a une mise au point qui est commencée par Chevènement et achevée par la loi de 2003. Sa logique est d’avoir mis en place pour les réfugiés une procédure d’asile rapide, claire, avec des moyens et en s’articulant sur des directives européennes. Aujourd’hui on est à 40 % de taux d’accès au statut de réfugié ce qui ne s’est jamais vu depuis presque 30 ans. Pourvu que ça dure !
La question des réfugiés est distincte de celle des immigrés mais les deux vous intéressent et vous concernent. Comment vous situez vous dans le débat sur les quotas d’immigrés par exemple ?
Le mot quota est piégé à cause de résonnances historiques terribles. En réalité les quotas existent et ceux qui dénoncent l’émergence de cette notion ont oublié que cela date de 1974 et de la politique des visas. C’est le Quai d’Orsay qui, dans chacun des consulats, dit oui ou dit non. A partir du moment ou le oui et le non ne sont pas fondés sur une doctrine, c’est l’arbitraire. On a absolument besoin de retrouver une administration du flux, une règle du jeu. On ne saura le faire sans énoncer des critères dont probablement des critères quantitatifs. On doit aussi des explications claires aux personnes.
Si on se donne officiellement une fourchette, cela veut dire qu’en face d’un flux attendu, il doit y avoir une offre d’accueil. Ça fait 25 ans que 150 000 personnes rentrent tous les ans et qu’on ne met pas en face d’offres de logements, d’écoles, d’initiation au français… Les conditions d’accueil sont nullissimes : c’est un effet paradoxale des politiques de régularisation.
Nous avons besoin de nous préparer pour l’avenir et dans l’avenir, des flux migratoires seront plus importants. Il n’y a pas d’équité possible si on fonctionne sans afficher de règles.