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b rebelleTour à tour fondateur de Vétérinaires sans Frontières et responsable national et international de Greenpeace, le Rhonalpin Bruno Rebelle (Annécien, il a vécu et travaillé à Lyon pendant plus de dix ans) est aujourd’hui le conseiller de Ségolène Royal pour l’environnement.

 

 

Les militants te connaissent d’abord comme militant associatif. Comment décide-t-on de passer « de l’autre côté de la barrière » et de devenir conseiller politique ?
En 15 ans de travail associatif, dont 10 consacrées à l’environnement et 13 à la solidarité internationale, j’ai eu de nombreuses occasions de cotoyer le monde des décideurs économiques et politiques. Tous ces acteurs ont vocation à travailler ensemble : le rôle des ONG est de promouvoir le changement, celui des politiques est de le mettre en oeuvre. Ce qui m’intéresse en politique – et qui fait aussi toute la difficulté de l’exercice – c’est d’articuler les convictions sectorielles profondes qui sont les miennes avec l’impératif de construire un projet politique global et multisectoriel. Dans mon esprit, le passage d’un engagement associatif au militantisme politique est très cohérent.

L’ONG que tu as dirigée n’a pas toujours été tendre avec les socialistes…
Elle n’est pas tendre avec le pouvoir politique, qu’il soit de gauche ou de droite…

… sens-tu actuellement un changement dans la prise en compte des options que tu défendais avec Greenpeace ?
Le changement tient en premier lieu à la personnalité de Ségolène Royal. Elle est de ceux qui sont personnellement, profondément et intimement convaincus que les questions environnementales doivent être au cœur de leur projet politique. Non pas parce que serait une contrainte, mais bien parce que c’est une opportunité : une opportunité pour le développement économique, pour la création d’emploi dans les filières liées à l’environnement, une opportunité pour la paix et la réconciliation entre les peuples.

 

Y-a-t-il des propositions pour lesquelles tu es particulièrement fier d’avoir contribué à la réflexion de notre candidate ?
Je suis heureux d’avoir travaillé en interaction avec Ségolène Royal et son équipe sur la définition de ce que devrait être notre politique énergétique. Le projet qu’elle porte aujourd’hui m’apparaît d’une grande cohérence, avec trois axes majeurs : la réalisation d’économies d’énergie, l’optimisation de l’efficacité énergétique et le développement massif des énergies renouvelables. L’objectif prioritaire de cette politique est de lutter contre le réchauffement climatique et de préparer l’après pétrole. Elle est aussi une nécessité économique : en limitant notre dépendance au pétrole qui sera de plus en plus cher nous gagnons en compétitivité, en développant l’industrie des renouvelables nous pouvons gagner de nouveaux marchés. Cette politique nous permettra aussi de réduire la part du nucléaire dans notre consommation d’électricité. Ainsi nous réduirons les risques liés à ce choix technologique : moins de déchets nucléaires qui seront un poids pour les générations futures et moins de prolifération.

 

Le discours médiatique donne parfois le sentiment que les préoccupations environnementales sont aujourd’hui partagées par l’ensemble des candidats…
Il ne faut pas être dupe. Le projet environnemental de Nicolas Sarkozy, ce n’est rien d’autre que de mettre un peu de bonne conscience écologique dans le marché. On a vu ce que le marché à produit comme destruction de l’environnement.
Pour Ségolène Royal au contraire, rien ne changera concrètement si l’on n’adopte pas des politiques publiques fortes, un cadre de régulation, des incitations économiques, si l’on y mets pas les moyens et s’il n’existe pas de transparence sur ces politiques et leurs impacts. Les militants ne doivent pas craindre d’aller à la bagarre sur ces questions : il nous faut marteler ces divergences de fond et attaquer le discours de l’UMP.

Comment vois-tu ton avenir au Parti Socialiste ?
Je suis militant à la section de Montreuil depuis maintenant un an. Il reste du travail, même au sein du Parti Socialiste, pour promouvoir l’excellence environnementale. Il ne va pas encore de soi pour tous nos camarades que l’écologie ne s’oppose pas à l’économie, que l’environnement ne s’oppose pas à l’emploi.
Pour prendre un exemple concret, le britannique Nicolas Stern a récemment remis un rapport où il chiffre à 20% du PIB mondial le coût de l’inaction face au réchauffement climatique, avec des conséquences qui frapperont d’abord et le plus dûrement les pays les plus pauvres. Il estime en contrepartie à 1% du PIB les investissements que nous devons engager pour traiter le problème. Notre réflexion doit donc lier développement économique et écologique ; et c’est dans ce sens que je conçois mon engagement au Parti Socialiste.

propos recueillis par Frédéric Piriou

 

 

 

 

 

 

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