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Alexandre Frédéricq

Interview d’ Alexandre Frédéricq, directeur du Foyer Notre Dame des Sans-Abri, une des principales associations traitant l’accueil d’urgence sur Lyon.

Comment est né le Foyer Notre Dame des Sans-Abri ?

Il est né le 23 décembre 1950 sous l’impulsion de son fondateur, Gabriel Rosset. C’est alors la crise du logement de l’après guerre et il ouvre un foyer ici-même (rue Sébastien Gryphe) dans un café désaffecté appelé « au Monde nouveau ». Le premier soir il ya 11 accueillis et aujourd’hui pour ce centre, on accueille 188 personnes tous les soirs.

Ce qui veut dire que vous refusez du monde tous les soirs…

Oui. On n’est plus les seuls à faire de l’hébergement d’urgence heureusement. Depuis cinq ou six ans des nouvelles structures ont été mises en place. Sur l’ensemble de l’agglomération lyonnaise on compte un peu plus de 1000 places qui descendent à 5 ou 600 le reste de l’année.

Quelles sont vos activités ?

L’association est partie d’un centre d’hébergement d’urgence mais les choses se sont beaucoup complexifiées au cours des années. Gabriel Rosset a créé en 1954 sous l’impulsion de l’abbé Pierre une SA d’HLM qui a permis de résorber certains bidonvilles à la périphérie de Lyon et qui a construit et géré 1500 logements. Année après année, le foyer a enrichi son offre auprès des hommes isolés et a créé un dispositif transversal avec aussi un CHRS (centres d’hébergement et de réinsertion sociale) pour jeunes de 18 à 28 ans, une structure d’insertion par l’activité qui se rapproche d’Emmaüs, des activités d’accompagnement à l’emploi, un accueil spécifique pour des grands déstructurés…

Quels sont vos ressources ?

Le Foyer a inscrit dans son projet associatif de ne dépendre des subventions qu’à hauteur de 50 %.Nous devons trouver par nous même 50 % de notre budget qui s’élève à 7 ou 8 millions d’euros suivant les années: dons ou activités générant des ressources : On collecte et trie 800 tonnes de vêtements qui sont ensuite redistribués ou vendus dans les 5 bric-à-brac de l’association sur l’agglomération.

La rentabilité ne doit pas être évidente ?

Notre système marche car les activités marchandes sont entièrement assurées par des bénévoles. Les marges permettent de financer l’insertion et d’autres activités de l’association. L’Etat ne paye pas tout et l’hébergement d’urgence est donc financé par les particuliers. Nous assurons un service d’intérêt général, un service public et il nous semble que les dons des particuliers devraient aller sur d’autres actions.

Que dire des donateurs ?

Ils donnent en moyenne 90 € et sont environ 14 000. Le foyer a aussi une démarche de mécénat auprès des entreprises de la région lyonnaise avec une possibilité de déduction des bénéfices. C’est ce qu’on a appelé « l’amendement Coluche ». L’idée force du Foyer est que l’exclusion est l’affaire de tous et qu’il ya une responsabilité individuelle d’essayer de la résoudre.

Décrivez-nous vos publics ?

Ce qui les rassemble tous c’est une grande souffrance psychique. 60% de nos usagers relèvent ou ont relevé de la psychiatrie contre 25% il y a 10 ans. Comme corolaire, il faut savoir qu’il ya 20 ans il y avait 3000 lits en hôpitaux psychiatrique et 1200 en 2004. Autrefois les hôpitaux psychiatriques étaient des asiles. On y vivait. Aujourd’hui les hôpitaux ne font que traiter la crise. Après la crise que fait un SDF ? il retourne chez nous. Autre point commun : ils ont dans leur immense majorité eu une enfance dans un ménage violent ou dans des institutions. On estime que 40 % des jeunes qui sont en Institut médico éducatif deviendront un jour SDF.

Qu’est-ce que vous attendez des politiques et notamment à l’occasion des prochaines échéances ?

Ce qu’on demande en premier c’est une stratégie, quelle qu’elle soit. L’affaire des enfants de Don Quichotte révèle bien que l’État n’a aucune stratégie. Il répond au coup par coup dans l’urgence. On attend aussi que l’État écoute les acteurs de terrain. On est force de proposition. On ne prétend pas détenir la vérité. On connait la situation lyonnaise qui n’est pas forcement la même qu’à Paris.

Vos besoins aujourd’hui ?

Pouvoir ouvrir des accueils de jour supplémentaires. C’est quelque chose qui n’a pas été abordé dans les débats récemment. Nous croyons beaucoup aux accueils de jour avec des services minimums : repas, buanderie, écoute et accompagnement social C’est un très bon lieu de prévention pour toucher des populations et les empêcher de dégringoler.

Qui s’implique dans votre activité ?

Le foyer, c’est 1000 bénévoles et 80 salariés avec une vraie complémentarité. Le bénévole amène l’idée et agit au quotidien, le salarié amène la permanence de l’action et le professionnalisme. Ce partage est la grande réussite de l’association. L’association peut être très réactive : être appelée à 16 h par le préfet dans le cadre d’un plan froid et ouvrir un gymnase à l’hébergement pour 18 h.

propos recueillis par Laurent Jauffret

article paru dans socialiste.rhone # 28 janvier-février 2007

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